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Vu de Grèce

La situation en Grèce, vue de l'intérieur. Témoignage d'un enseignant français en poste dans une université d'Athènes : Je suis arrivé en Grèce à la fin du mois de septembre, alors que la Grèce, déjà saignée par la Troïka au mois de juillet, s’orientait à nouveau vers le défaut de paiement, et se voyait imposer par la même Troïka de nouvelles mesures d’austérité. Les Grecs n’ont cessé de lutter depuis plusieurs années contre les réformes qui leur sont imposées « afin d’être en mesure de payer leur dette ». Les Grecs : tous les Grecs. Presque tous les Grecs que je rencontre sont au chômage, ou le seront bientôt. Quant à ceux qui ont encore du travail, ils gagnent pour la plupart moins que le salaire minimum, qui a encore été abaissé pour atteindre environ 600 euros… Les services publics sont détruits les uns après les autres, mes amis professeurs des écoles sont mis au chômage – qui fera cours aux enfants ? Mais les magasins ferment eux aussi, faute de clients. Les gens ne se soignent plus. Je passe chaque jour devant l’Académie de droit : les seringues y sont de plus en plus nombreuses, on se pique en plein jour ; tous les organismes publics de lutte contre la drogue ont été supprimés. L’hiver est rude, mais on ne paye plus les facture du chauffage : c’est le cas dans mon immeubles et dans celui de plusieurs de mes connaissances ; pour la première fois depuis 1949, les Grecs vont donc déboiser les environs d’Athènes pour se chauffer avec du bois… Les Grecs sont humiliés : l’on ne cesse de les montrer du doigt, de les traiter de paresseux, de les appeler à payer une dette dont ils ne se sentent en rien responsables. La première question qu’ils posent à tout étranger, c’est : « Qu’est-ce que tu en dis, de la situation actuelle ? Comment tu penses qu’on est, nous les Grecs ? » On ne parle ici que de la chancelière allemande, du président français, du droit anglais imposé à la Grèce (pour permettre aux créanciers internationaux de saisir les biens de particuliers en cas de défaut de paiement), et de trahison des hommes politiques grecs face à un ennemi étranger… Contrairement à ce que devait faire l’Europe, elle conduit à l’exacerbation des sentiments nationaux : l’on reparle depuis des mois du remboursement allemand pour les destructions et l’occupation du pays lors de la Seconde Guerre Mondiale. Quiconque se joint aux manifestations à Athènes verra que c’est tout le peuple qui y est présent, et pas seulement quelques groupes anarchistes. Tous les âges, toutes les professions (sauf banquier et homme politique) y sont représentés, et tous partagent la même. C’est le plus horrible de cette situation : alors que les manifestations, qui rassemblent des centaines de milliers de personnes, se succèdent et se font de plus en plus violentes tant la situation des gens est désespérée, les hommes politiques continuent d’obéir aux invectives de la Troïka qui coulent le pays depuis quatre ans. La colère se mêle à l’impuissance. « Ma fille : elle a vingt-six ans, elle est au chômage depuis un an, elle ne retrouve pas de travail, elle va aux manifestations, elle mange du gaz lacrymogène, et après, qu'est-ce qu'on fait ? » La situation du pays apparaît désespérée, et la ratification par la coalition au pouvoir (Parti Socialiste et droite libérale, main dans la main) de nouvelles lois d’austérité le 13 février dernier a achevé de désespérer les citoyens. Autour de moi, on ne parle que de partir, car aucune alternative ne semble possible… C’est que la principale crise que traverse la Grèce actuellement, c’est sa crise politique, c’est la mise à mort de la démocratie : elle est gouvernée depuis plusieurs mois par une coalition qu’elle n’a pas élue, que Merkozy lui a imposée lorsque G. Papandréou, le leader du Parti Socialiste Panhellénique, après avoir accepté sept plans d’austérité successifs, a voulu consulter son peuple sur la politique d’austérité. Car si ce gouvernement dépourvu de toute légitimité tombait, nul ne doit douter que le peuple, refusant des réformes néolibérales qui ont aggravé les maux du pays depuis 2008, et que la Troïka continue de faire parapher à son homme de paille Papadimos, nul ne doit douter, donc, que le peuple imposerait une autre politique qui le sortirait de l’ornière actuelle. Être solidaire du peuple grec, aujourd’hui, c’est exiger qu’on lui rende son pouvoir sur lui-même. B.D.

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