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Visite du Premier ministre tunisien à Bruxelles : ont-ils vraiment compris quelque chose à la révolution tunisienne ?

Communiqué de Marie-Christine Vergiat - Députée européenne Front de gauche - Membre de la sous-commission droits de l'Homme :   C’est avec consternation que j’ai pris connaissance des différents communiqués adressés aux parlementaires européens à la suite de la visite du Premier ministre tunisien à Bruxelles. En effet, au-delà des grandes tirades sur la démocratie, les droits de l’Homme, la justice sociale, l’égalité des genres… il est assez sidérant de voir que l’UE conserve exactement la même vision du partenariat avec la Tunisie que du temps de Ben Ali. Quelques points méritent attention : -          La libéralisation du secteur agricole où il est juste proposé de reprendre les négociations…. Tout est dit… Dans sa grande largesse, peut-être que l’UE accordera un calendrier de « démantèlement asymétrique » et sera disposée à des concessions… -          La libéralisation du transport aérien dont on ose dire qu’il devrait favoriser la relance du secteur touristique comme si un manque de dessertes aériennes était la cause de la fuite des touristes. -          La poursuite du dialogue sur les migrations, la mobilité et la sécurité : autrement la Tunisie devra continuer à faire le sale boulot confié à monsieur Ben Ali par messieurs Sarkozy et Berlusconi pour bloquer les candidats africains à l’immigration vers l’Europe. Ce que l’on appelle la conditionnalité des aides… Et cerise sur le gâteau, en 3ème point du relevé de décisions,  la mise en place immédiate d’un conseil mixte d’entrepreneurs européens et tunisiens alors que la mise en place de mécanismes de consultation des organismes de la société civile est renvoyée à plus tard.   Que dire aussi du doublement de l’aide économique envisagée par l’UE quand on sait que l’aide de l’UE a essentiellement pris la forme d’aide humanitaire pour aider la Tunisie à accueillir les réfugies libyens fuyant un conflit dans lequel deux de ses Etats membres étaient engagés et à accompagner le processus électoral. Est-ce vraiment à la hauteur des ambitions affichées pour répondre à une « opportunité historique pour l’UE » permettant de faire face aux « défis posés par le « Printemps arabe ».   Comment se satisfaire que les premières aides économiques n’aient été versées qu’en décembre et qu’elles soient ridicules au regard des sommes colossales annoncées notamment lors du Sommet de Deauville. Comment ne pas souligner que dans le même temps l’UE a empoché des sommes bien plus importantes venant de Tunisie qui a voulu honorer le paiement de sa dette. N’aurait-il pas été plus simple de prononcer très vite un moratoire sur celle-ci et de procéder d’urgence à un audit pour en retirer la dette odieuse qui n’a profité qu’au clan Ben Ali/Trabelsi et aucunement au peuple tunisien. Et l’on pourrait aussi parler des avoirs toujours gelés dans le coffre-fort des banques européennes notamment françaises.   Bref, tout cela n’a rien à voir avec un « partenariat » renouvelé pas plus qu’avec la reconnaissance d’intérêts mutuels et ne peut en aucune manière aider la Tunisie à faire face aux urgences socio-économiques qui sont les siennes.   Mesdames et messieurs les dirigeants de l’Union, il est temps d’ôter vos lunettes européano-centristes et de passer du discours aux actes.

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