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Compétitivité et coût du travail

le 18 January 2012

Compétitivité et coût du travail

Dans ces derniers mois, et plus encore depuis la perte du AAA, Sarkozy, Fillon, Parisot, se relaient en boucle pour asséner qu’il faut prendre des mesures courageuses pour « baisser le coût du travail », présenté comme l’obstacle à l’emploi, à la compétitivité et le facteur essentiel des délocalisations. C’est ce coût qui serait le facteur premier du déclin industriel du pays.

Droite et patronat reprennent ainsi le discours des agences de notation, exigeant des « mesures structurelles » et qui sont bien obligées d’admettre les effets pervers et récessifs de l’accumulation des restrictions budgétaires !

Le coût du travail par rapport à qui ?

La concurrence libre et non faussée comme la libre circulation des produits et des capitaux, ainsi que l’orientation européenne qui encourage les dumpings fiscaux et sociaux en son sein, obligent à se poser la question. Car nulle baisse des charges ne permettra de rattraper les salaires des pays émergeants, ni non plus les salaires des pays d’Europe orientale. Ce n’est d’ailleurs pas souhaitable. C’est une impasse totale et évidemment ce serait une catastrophe sociale et économique (que la directive Bolkestein avait tenté d’importer en ouvrant la voie à ce que des salaires des pays d’origine soient pratiqués en France !)

La seule comparaison raisonnable est de comparer les salaires dans l’industrie en France et en Allemagne ou en Belgique, pays aux niveaux de vie comparables, puisque nous avons avec ces deux seuls deux pays un déficit du commerce extérieur plus important qu’avec la Chine (Hong Kong inclus)

Le MEDEF, relayé un temps par l’INSEE, avait bien tenté d’imposer à l’automne 2010, une vision de coût salarial structurellement plus élevés en France qu’en Allemagne. Mais dès le printemps 2011 l’INSEE était obligé de faire machine arrière.

D’ailleurs une note de la Commission des comptes de la Sécurité Sociale en juin 2010 a montré qu’en cout annuel complet pour un salarié à temps plein en Allemagne et en France, le cout global restait supérieur en Allemagne, même si l’écart s’était réduit entre 2000 et 2008. La réduction de cet écart est d’ailleurs à mettre en relation avec les orientations impulsées par Schroeder il y a quelques années, dans un pays sans SMIC et qui a généralisé en direction des chômeurs les petits boulots très mal payés, d’ou l’extension récente d’une grande et nouvelle pauvreté en Allemagne. 

EXTRAITS : « Néanmoins, en rapportant le coût annuel du travail précédemment estimé pour les seuls travailleurs à temps plein au nombre d’heures effectivement travaillées, le coût horaire du travail au niveau du salaire moyen demeure supérieur enAllemagne, mêmesi l’écart entre les deux économies s’est réduit sur la période 2000-2008 : le coût horaire français, qui représentait 87% de celui constaté en Allemagne en 2000, est passé à 96% en 2008. » Les évolutions depuis n’ont pas creusé d’écart et tous les analystes, à part ceux de l’institut patronal Rexecode confortentl’idée d’un coût voisin entre les deux pays. De même , dans les statistiques d’Eurostat, le coût salarial complet en France est voisin ou inférieur de ceux de la Belgique ou de l’Allemagne. Et,pour la seule industrie manufacturière,même le quotidien Les Echos du 12/01/2012 reconnaitun niveau voisin de coûtdu travail global de 35,4 euros en France pour 35,1 en Allemagne. Impossibledonc d’expliquer par le coûtdu travail que l’Allemagne connaisse un excédent de son commerce extérieur de 146 milliards d’euros sur les 11 premiers mois de 2011, pendant que la France connait un déficit de 65 milliards. L’écart de compétitivité et le déficitdu commerce extérieur ne viennent donc pas de là. A contrario, on peut d’ailleurs montrer que dans un pays où les charges sociales sont bien moindres comme la Grande Bretagne, cela n’a nullement empêché ce pays de devenir un désert industriel et de connaitre un déficit du commerce extérieur voisin de 100 milliards d’euros en 2011 ! La compétitivité par rapport à quoi ? Le terme « compétitivité » est connoté, très lié à l’idéologie de la concurrenceet il conviendrait de plutôtrechercher une analyse de l’efficacité, économique, sociale et écologique d’un appareil productif. Nonobstant cette remarque, même les analyses de la compétitivité considèrent que le prix n’en est qu’un élément et que de multiples facteurs hors prix interviennent. De ce point de vue la qualité du travail en France, n’est pas plus en cause que son coût, puisqu’en « productivité horaire » toutes les comparaisons internationales s’accordent à placer en tête de classement la France parmi les grands pays industrialisés. C’est donc que d’autres éléments interviennent : l’effort d’investissement, la recherche et l’innovation, l’organisation industrielle et les rapports entre grands groupes et sous-traitants, les spécialisations industrielles, l’importance des prélèvements du capital en dividendes taux d’intérêt, etc... Sans être exhaustif, on peut constater que l’Allemagne a une spécialisation industrielle et un tissus de PME-PIM sur des produits à forteValeur Ajoutéealors que la Francea connu un affaiblissement continu de son appareil industriel, et qu’hormis quelques créneaux, celui ci se retrouve en difficulté d’innovation et sur des produits à tropmoyenne Valeur Ajoutée. En janvier 2011 l’économiste du CNRS Philippe Askenazy au Journal 20 minutes répondait déjà à la question : Est-ce pertinent de lier le débat sur la compétitivité en France au coût du travail ? « La question est mal posée. Une économie avec un coût du travail élevé mais des entreprises innovantes sera toujours plus compétitive que linverse. LAllemagne sen sort mieux car, contrairement à la France, elle a beaucoup investi dans linnovation et sest spécialisée sur des secteurs en croissance. Pour combler ce différentiel, la France a donc deux solutions. Elle peut soit continuer à se développer dans des secteurs peu productifs et baisser son coût du travail, soit rendre ses entreprises plus innovantes et donc plus productives. Cest un choix politique. » Ceci montre d’ailleurs que la préférence sarkozyste pour la baisse du coût du travail ne corrigera pas le déficit avec l’Allemagne qui est une question principalement de compétitivité hors prix et porte sur des produits où souvent nous avons perdu des capacités deproduction, et cette baisse des charges sera également sans effet vis-à-vis des pays à  bas niveaux de salaires ! « La baisse des charges » : on connait déjà ! Lors de la création de la CSG en 1990, il y a eu baisse des cotisations « part dite patronale » dontle taux est passéde 7% à5,4% pour la branche famille. Cemouvement se poursuivraà plusieurs reprises. Sibien que ces cotisations de la « partdite patronale »ont été ramenées 43% desressources de la protection sociale àmoins de 37% aujourd’hui. De même avec des exonérations de charges ( coût de l’ordre de 25 milliards d’euros pour le budget de l’Etat ) , et pour un salarié payé au SMIC, il n’y a que 2% de cotisations maladie-vieillesse contre 28% pour un salaire sans exonérations. L’emploi va t-il mieux ? Le recul industriel a t il été enrayé ? le commerce extérieur redressé ? A l’évidence non ! Et une « TVA sociale » se substituant à des cotisations sociales ( outre le problème structurel posé sur la nature du financement de la protection sociale ) s’apparente à un trèsgros cadeau de trésorerie aux entreprises, del’ordre de 30 milliards d’euros,sans effet réel sur l’emploi, l’activité et lecommerce extérieur. D’abord parce que comme d’habitude , au non de la souplesse,le patronat ne veut prendre aucun engagement sérieux sur l’utilisation de cette manne. Ensuite parce que pour l’exportation hors zone euro, le taux de change de l’euro ( qui porte sur la totalité du prix du produit ) à une influence bien plus grande qu’une variationde 2 ou 3 % sur le coûtdu travail,qui ne représenteen moyenne que 20% du coût complet d’un produit manufacturé exporté. Pour les importations,ce ne sont pas l’entrée des produits qui sera taxé par cette TVA, mais leur vente au consommateur final, comme augmenteront aussi le prix de tous les produits consommés. C’est si vrai que pour l’activité , la croissance, une étude de la DGTPE ( direction générale du trésor et de la politique économique) de mars 2010 évaluait l’apport de la baisse des charges et de l’instauration de la TVA sociale à « 0,1%d’augmentation du PIB à moyen terme »( ! ) et encore l’étude précisait qu’elle ne pouvait pas prendre en compte « nile contexte conjoncturel, ni la réaction des entreprises étrangères »( !! ).Or ce contexte conjoncturel va être particulièrement mauvais, du fait du climat de recession. Dans ces conditions la TVA sociale ne sera qu’une déflation salariale déguisée, elle amputera également plein pot le pouvoir d’achat des retraités, chômeurs, précaires, étudiants, fonctionnaires, ..... Et si on s’interrogeait sur le coût du capital ! Déjà dans les années Giscard, le théorème de Schmidt , du nom du chancelier allemand del’époque, n’était pas vérifié« lesprofits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain ». Une étude récente de l’OIT souligne que dans les pays développés les profits ont augmentés de 83% entre 2000 et 2009, mais les investissements ont stagné, et les dividendes distribués ont pris une part de plus en plus importante dans l’utilisation des profits bruts ( de 29% des profits en 2000 à 36% en 2009 ). De même les investissements financiers ont pris le pas sur les investissements productifs. En France , il en va de même. ainsi pour 86 milliards d’euros de profits en 2010, les entreprises du CAC40 ont distribués 40,2 milliards d’euros de dividendes. Et en 2011, le volume des rachats de leurs actions en Bourse par les entreprises elle-même, a doublé ! ( ce qui relève le montant du dividende par action desactions restantes ). Lesrendements des fonds propres des sociétés du CAC40 ont augmentés de 55% depuis 15ans. ( les dividendes représentaient 4% de la masse salariale au début des années 80, ils en représentent 12% maintenant !) Alors que la part de la masse salariale dans l’utilisation de la valeur ajoutée estla même qu’il y a 50 ans, et qu’elle a mêmereculée en moyenne de l’ordre de 6% à 10 % depuis son point le plus haut du début des années 1980, celledes profits distribués augmente.Et les entreprises privilégient des placements de trésorerie ( plus de 120 milliards d’euros pour les entreprises du CAC40) L’effort de formation initiale et professionnelle par rapport au PIB,à l’inverse,régresse depuis 15 ans. Lesdépenses de recherche développement des entreprises en France sont 20% inférieures à celles de l’Allemagne. Lesgrands groupes ont eu en France un comportement différent qu’en Allemagne,privilégiant les délocalisations, le mythe de l’entreprise sans usine, et négligeant les PME. Grands groupes et ingénerie financière ont faitleur miel du Crédit Impôt Recherche.Tout commeon pourrait interroger l’utilisation par les entreprises des nombreuses exonérations et diminutionsde l’impôt sur les sociétés dont elles ont bénéficié depuis desdécennies. On peut ajouter : les prélèvements des banques, les rapports inégaux grands groupes/sous traitants, Bref, ce n’est pas le coût du travail qui est en cause dans l’affaiblissement économique relatif de la France mais une croissance financière plus forte , notammentqu’en Allemagne, et des coûtsdu capital Et les gâchis du capital coutent cher soit en prélèvements publics ( exonération de charges, crédit d’impôts, la fraude légale qui fait que les entreprises du CAC 40 ne paient que 8% d’IS et non 33% ,.....) soit en dépenses induites par ces gâchis ( coût du sous emplois, etc.... ) Changer de cap : baisser les coûts du capital et développer le travail ! Pour développer l’emploi et l’efficacité économique, « copier l’Allemagne » n’est pas une solution. D’une part parce patronat et gouvernement allemand déploient une même pression contre les dépenses pour le travail, et que le mode de développement choisi ( la domination par les exportations ) est d’une part non généralisable, et repose sur l’exploitation de différentiel de salaires à l’est de l’Europe, et donc un développement inégal, économiquement, socialement, et écologiquement. Les gâchis du capital Les taux de retour sur investissement (environ10% à 15%)demandés par les fonds d’investissement et autres LBO sont meurtriers pour les investissements productifs. Les prélèvements en dividendes et frais financiers plombent les PME-PMI, au détriment des banques et des trésoreries des grands groupes. Les fonds publics sont atteints par les deux bouts : moins de recettes par les cadeaux fiscaux au capital (ceux aux personnes physiques que l’on met le plus souvent en exergue ne sont que la partie émergée de l’iceberg, l’essentiel c’est la fiscalité sur les personnes morales) etplus de dépenses, soit en béquille du capital ( le crédit Impôt recherche ) soit en réparation des dégâts ( délocalisation ,etc..). Sans compter les 50 milliards d’euros du service de la dette qui pour une part correspondent à une rente abusive d’une dette illégitime. Le capital coûte trop cher ! Alors qu’il n’est pas le coeur de la création de richesse ! Le « cancer » de la société française c’est pas l’assistanat, c’est la prédation financière ! Baisser le coût du capital, c’est lié notamment à un nouveau financement monétaire ( rôle BCE, prêt direct aux Etats surle marché primaire des titres financiers ..) , Pôle public du crédit d’une taille significative pour orienter une politique globale du crédit, ( les encours de crédit, c’est influencer une masse de l’ordre de 2000 milliards d’euros, c’est bien plus que la masse financière que pourra représenter une réforme fiscale, qui si elle influence de 100 à 200 milliards d’euros sera à son apogée), avec sélectivité et différentiation des taux d’intérêtselon l’utilité sociale économique et écologique des projets à financer. ( d’où l’utilité de Fonds aussi bien européen que régionaux ). Baisser le coût du capital, c’est la modulation de la « partdite patronale »des cotisations sociales selon les contenus en emplois , en production et en qualification des stratégies d’entreprises. Baisser le coût du capital, c’est la réforme fiscale ( IRPP et IS ) et les choix visant à dégonfler la sphère financière ( pénalisation des banques ayant des filiales dans les paradis fiscaux, interdiction des opérations sur des produits dérivés non liés à la réalité d’opérations sur des biens réels ...) Baisser le coût du capital c’est la révision des rapports de concurrence et de domination dans l’économie ( gâchis et coût tarifaire de la séparation EDF GDF par exemple, rapportsavec les fournisseurs et sous traitants ...) au profit de coopération avec contenu d’emplois de qualification et de production , et dans une relocalisation écologique des activités ( circuit court , bilan carbone, etc ... C’est cette baisse, comme de nouvelles orientations publiques et des droits nouveaux des salariés et des population, qui peuvent générer une autre utilisation des richesses, privilégiant « l’humain d’abord », et donc dans la production l’emploiet la qualification ainsique leurreconnaissance salariale. Lesalaire, ce n’est pas seulement pour la justice sociale, ou la relance par la consommation, c’estaussi privilégier letravail qualifié comme vecteur de réorientationéconomique et écologique.( outre les effets de l’augmentation du SMIC, de la hausse des salaires pour le financement de la protection sociale, etc .... ) Jean-Paul DUPARC

     

    Argumentaires

    Il y a actuellement 1 réactions

    • Bonjour, Dans le cadre de mon

      Bonjour,

      Dans le cadre de mon projet universitaire, je suis à la recherche de personnes ayant milité durant la campagne des législatives de 2012, pour le Front de Gauche sur Nice et plus particulièrement pour la circonscription n°1.

      Merci amplement à tous ceux qui m'apporteront de l'aide...

      Vous pouvez me contacter à cette adresse : valente.angela@hotmail.fr

      Par Sirius, le 11 November 2012 à 21:31.

    le 09 January 2012